Du jeu vidéo et de l’imaginaire

Causons.

Une petite réflexion générale. C’est une idée née d’une causerie au coin d’un bon vin rouge, en deuxième partie de soirée, sans doute… je ne m’en souviens plus. Mais la trace générale m’en est restée gravée.Et j’ai, là, l’occasion de la formaliser en peu :

C’est partie de là : http://www.lesgrandsdebats.fr/tag/jeu-video/44

Un ami m’ayant mentionné ce site, auquel il collabore, j’y ai jeté un oeil ; eut envie de causer en retour à ce dont on y causait ; me suis senti frustré de ne pouvoir m’épancher sur plus de 2000 signes (pourquoi pas nous censurer à 140 tant qu’on y est !)

Du coup, je m’épanche ici, dans la confidentialité de vos regards.

Car j’ai le sentiment profond qu’on se trompe totalement de débat quand on évoque le « danger » du jeu vidéo. Ses détracteurs nous bassinent de la violence dont il irriguerait ses pratiquants, poussant les moins équilibrés d’entre eux à de terribles débords. On nage en plein sophisme, au passage, puisque si Breisvik s’adonnait à Call of Duty, tous les amateurs de ce jeu ne partagent heureusement pas son loisir insulaire !

Bref, pour tuer son chien, on dit qu’il a la rage. En d’autres époques, de puissants esprits comme Ségolène Royal s’attaquèrent à l’influence néfaste des dessins animés japonais sur nos chères têtes blondes (dont j’étais, en cette époque quasi-préhistorique) et des cortèges inquiets dénonçaient le jeu de rôle comme le prélude à de douces tueries urbaines. Bah ouais, pourquoi pas, hein…

D’ailleurs, on s’amusera de ce que le jeu vidéo se nourrisse de plus en plus du manga et du jeu de rôle dans ses avatars les plus récents. Bref, quand un matériau ne plait pas, la doxa est tenace !

Enfin, elle se dilue. Les contributions au site que je mentionnais sont à peu près unanimes pour enterrer les quelques études qui viennent encore s’attaquer à ce qui est devenu un poids lourd du divertissement de nos sociétés (et par ricochet, de nos économies). S’attaquer aux joueurs d’aujourd’hui revient à défier un colosse ; c’est un tantinet plus délicat qu’aux temps bénis où rôlistes et gamers avaient la réputation de geeks malodorant qu’il fallait sauver de ces loisirs abrutissants.

Mais…

Bien qu’immergé dès la prime adolescence dans le jus de NES, de SuperNES et autres Megadrive, avant de basculer sur PC, avec un détour par la case Game Boy, je revendique que les jeux vidéos causent des dommages collatéraux dont on ne parle jamais, alors que ce sont les plus graves.

Ils se substituent de plus en plus au jouet traditionnel. Les enfants démarrent plus tôt sur console, les jeux sont faits pour venir les chercher de plus en plus jeunes, et ils y passent de plus en plus de temps. Je ne vais pas chercher les chiffres, la chose est assez évidente par rapport aux années 90, pour qu’on ne s’y arrête pas. Avec avant, encore plus, puisque les consoles constituaient une sorte de rareté chère. On jouait sur des bornes d’arcade en ce temps-là… c’était beaucoup plus cher, et dans des lieux théoriquement réservés aux adultes !

J’en reviens à mon idée. Le processus de jeu, notamment avec des figurines (prenons un playmobil, mais n’importe quelle bonhomme de plastique, allant de la barbie au lego en passant par des pantins articulés ne relevant d’aucune marque connue peuvent être admis dans cette analyse) passe généralement par une re-création, autour de la figurine, d’une situation qui a germée dans l’esprit de l’enfant en train de jouer.

Cette situation ne surgit pas ex-nihilo, généralement elle va reproduire une fiction (lue, vue ou entendue) ou une situation connue, souvent en l’enrichissant, ou en la mélangeant à d’autres. J’ai bien organisé des tournois opposant les GI-Joe aux Chevaliers du Zodiaque. Why not ?

Bref, l’esprit occupé à jouer va investir un donné (un jouet, quel qu’il soit) de sa créativité propre (une histoire, une situation, un enchaînement, etc.) C’est le processus fondamental du jeu d’enfant. Il peut aussi se pratiquer sans le jouet, en étant, seul ou en bande, en train d’imaginer prendre part à la guerre de Troie autour d’une cabane dans les bois.

Et tant pis si mon propos fleure mauvais la vilaine nostalgie, mais tout enamouré que je fus de certains jeux vidéos, je maintiens qu’ils sont d’une sèche pauvreté au regard du jeu classique.

En effet, le jeu vidéo est intrinsèquement limité : son scénario, fut-il Morrowind, est borné par ce que ses créateurs ont mis dedans. Ouais, même WoW qui évolue, est borné.

Et le jeu vidéo est intrinsèquement limitant : son réalisme visuel est le pire ennemi de l’imagination, puisqu’il nous abreuve de tant de réalisme que l’esprit s’en satisfait – passif – au lieu de se titiller pour recréer ce qu’il ne voit pas, mais désire.

À l’inverse des idées reçues, les jeux vidéos ne contribuent pas à développer l’imagination. Ils sont inférieur au processus traditionnel du jouer, qui participait activement à la construction et à la structuration de l’imaginaire individuel.

Et ça, c’est grave.

Certes, je conviens volontiers qu’il ne faut pas faire au jeu vidéo un procès pour ce qu’il n’est pas. Après tout, il reste un loisir qui peut, à l’instar d’un livre, d’un film ou d’une histoire, susciter l’inspiration d’un jeu ultérieur et donc participer, non pas à l’aval, mais à l’amont de ce processus recréatif consubstantiel de la naissance d’un imaginaire.

Soit, sauf que le jeu vidéo se donne comme un loisir actif, alors que du point de vue du développement intime, il rend le joueur fondamentalement passif. C’est là sa grande hypocrisie (qu’il pratique bien malgré lui, j’en conviens).

En conclusion, le temps des enfants étant une denrée rare, préférez aux jeux vidéos les playmobils (en avant les histoires !) puis le jeu de rôle, c’est bon pour l’imaginaire.

 

Et toi, t’en pense quoi ?

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Sursaut

J’ai assez travaillé pour espérer publier de nouveaux textes au début de 2013.

Je remercie les lecteurs qui auront la patience de les attendre et la curiosité de les lire.

L’univers sera le même ; le temps, le lieu et l’action, en revanche, différents.

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Tabula rasa

L’envie était là depuis un moment.

Il faut tout reprendre, c’est une nécessité.

Donc ne rien laisser.

Ne soyez pas surpris : plus aucun lien pointant vers un pdf ne vous conduira nulle part, j’ai retiré tous les chapitres actifs ou archivés du site. Ce qui a été publié jusqu’ici était la v3, le chapitre 2 après bien des hésitations était en v4, mais je pense qu’une v5 va bientôt voir le jour.

Cependant, il y a peu de chance qu’elle vienne ici, sur la Toile. Si je l’achève, je la présenterai à un éditeur… ou pas.

 

Car j’en suis arrivé aujourd’hui a la certitude qu’il y a eu une erreur de calibrage sur le projet Quand la cendre. La forme d’écriture que j’ai adoptée n’est pas adaptée à la Toile, qui est toute d’instantané et d’éphémère.

Et puis, il faut le dire aussi, j’ai créé ce blog pour qu’il y ait une rencontre entre les lecteurs et moi. Les lecteurs sont là (disons près de trente réguliers) mais ils sont muets ou presque ; ça n’a donc pas de sens.

Si certains voulaient à l’occasion revenir commenter ce qu’ils ont pu stocker sur leur disque dur, je laisse le site actif.

Encore merci à ceux qui m’ont soutenu, mais quand on fait fausse route, le mieux est de revenir sur ses pas dès que l’on s’en aperçoit.

Bon vent,

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